Les plaisirs et les jours

Suzanne et Yseult, les sirènes de la Coue

Certaines photographies sont annotées, d’autres pas. Sur les fragiles morceaux de papier, un prénom revient plusieurs fois : Suzanne.

Mon enquête allait se poursuivre grâce à elle. Car une image me permet d’identifier formellement celle qui s’habille, un après-midi de cet été-là, « en Alsacienne » : Suzanne est une jeune femme élégante, visiblement espiègle, souriante sur toutes les photos, comme ici, avec son ombrelle et son éventail. Il me plaît de penser que la jeune fille mélancolique assise à sa droite, un peu à l’écart, pourrait être Yseult. Ce prénom, mentionné également par le photographe, est après tout celui d’une des premières héroïnes tragiques. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, une sœur de Suzanne, peut-être ?

« Suzanne t’emmène écouter les sirènes » chantait Léonard Cohen. Attirée moi aussi par leur chant joyeux, je l’ai longtemps cherchée… Ne ressemble-t-elle pas un peu à celle de Copenhague, sur les rochers de la Coue, Plage Sud ? Par une drôle de coïncidence, j’apprendrai justement que pour sa thèse de médecine, son frère s’était intéressé aux restes de branchies dont les embryons humains ont hérité des poissons…